

Par Henri Bec
Ça y est, c’est parti ! Le MEDEF, grand amateur d’immigration à bas coûts, a lancé, à Roland Garros, – symbole du renvoi de balles – la grande parade républicano-électorale avec son incomparable cortège d’artistes, de phénomènes et de virtuoses dont on se demande parfois s’ils ont réellement conscience du spectacle qu’ils donnent.
Sous le vaste chapiteau de la campagne, chacun a trouvé son numéro, et, curiosité du spectacle, ils sont tous interchangeables :
Il y a d’abord les jongleurs qui lancent promesses, chiffres, convictions et engagements avec une remarquable dextérité. Une idée chasse l’autre, un programme succède à son contraire et, pour peu que le vent de l’opinion tourne, notre jongleur récupère au passage la balle qu’il avait juré de ne jamais toucher. L’essentiel est que rien ne chute. Quant à savoir ce qui se passe lorsque les projecteurs s’éteignent, c’est une autre affaire.
Viennent ensuite les acrobates, spécialistes des exercices d’équilibre sur le fil de la popularité. Un pied chez les uns, l’autre chez les autres, ils avancent avec une prudence admirable, veillant surtout à ne jamais prendre une position risquant de les engager. Leur talent consiste à être, "en même temps", pour et contre avec une souplesse qui ferait l’admiration des plus grands gymnastes.
Les dompteurs, eux, ont une autre spécialité : ils font mine de maîtriser des fauves imaginaires. À grands gestes et à coups de fouet verbal, ils prétendent terrasser les difficultés, réduire les adversaires au silence et remettre de l’ordre dans la ménagerie. Malheureusement, les lions ne sont pas toujours là, et lorsqu’ils le sont, ils paraissent souvent beaucoup moins impressionnés que le dompteur lui-même.
Il faut également compter avec les illusionnistes. Ceux-là excellent dans l’art de faire disparaître les problèmes et apparaître les solutions. Ils vous montrent une boîte vide, prononcent quelques paroles mystérieuses, agitent les bras et annoncent, avec le sérieux des grands magiciens, qu’un avenir radieux vient de surgir du chapeau. On applaudit, naturellement. Avant de constater, quelque temps plus tard, que le lapin avait déjà pris la fuite.
Mais, reconnaissons-le, la meilleure place reste réservée aux clowns.
Ah, les clowns ! Ils sont les véritables vedettes de la représentation. Certains s’ignorent, ce qui rend leur numéro encore plus savoureux. Ils arrivent avec un air solennel, convaincus d’incarner la gravité de l’Histoire, et déclenchent les rires avant même d’avoir prononcé une phrase. Ils se prennent les pieds dans leurs propres déclarations, reçoivent en pleine figure les tartes qu’ils avaient préparées pour leurs voisins et s’étonnent ensuite que le public se divertisse à leurs dépens.
Les plus remarquables sont sans doute ceux qui se croient dompteurs alors qu’ils sont clowns, acrobates alors qu’ils trébuchent sur le tapis, jongleurs alors qu’ils ne parviennent déjà plus à retenir une seule idée.
Et nous sommes condamnés à regarder.
Nous regardons les numéros se succéder, les costumes changer, les grands discours résonner sous les chapiteaux. L’électeur applaudit parfois, siffle à l’occasion, bâille aussi lorsque le spectacle devient trop long. Puis vient le moment décisif : celui où l’on demande aux spectateurs de choisir le chef de l’État – Non ? si, si ! – auquel ils confient les clés de la nation. Nos institutions permettent ainsi à de véritables "voyous de passage", uniquement motivés par le gain de la place et des prébendes qui vont avec, de diriger un magnifique pays, premier dans quasiment tous les domaines il y a 250 ans, et réduit aujourd’hui à une quasi faillite. C’est la singularité de ce cirque électoral, lorsque la fête est finie, ce sont les clowns qui restent aux commandes.
Vive la République !